jeudi 15 novembre 2007

Femme mosaïque

Toujours attirée par des hommes qui me ressemblent, je voulais les posséder. Comme pour recomposer en mosaïque une image de moi-même. Un homme par facette. Le découvrir, c'est apprendre de lui. Apprendre sur moi par lui. Toujours.

Je parle de l'état amoureux. Ephémère. Dévoration ou douce langueur.
L'amour, ça je ne sais pas. C'est peut-être croire au miroir sans fêlure.
L'amour, je ne sais pas. J'ai oublié.

J'ai retrouvé dans un carnet de l'an dernier:
"J’aimerais m’avoir pour amie. Je suis tellement mieux que moi. Je sais toujours ce qu’il fut dire, ce qu’il faut faire. Je suis d’excellent conseil. Dans le fond, je devrais m’appeler plus souvent. Je suis l’amie que j’aimerais avoir. Je suis l’amour que j’aimerais avoir, aussi. A-t-on jamais un amour ? "

Aujourd’hui. Insouciante. Joyeuse.
Je suis amoureuse de moi. Et ça fait du bien.
Le désir aussi, très présent. Désir de moi-même. C'est peut-être toujours le cas, mais cela m'apparaît limpide tout à coup.
Comme dans cet extrait de Kundera:
"Elle n'avait pas envie de voir le sexe de l'inconnu. Elle voulait voir à proximité de ce sexe son propre pubis. Elle ne désirait pas le corps de l'autre. Elle désirait son propre corps, soudain révélé, d'autant plus existant qu'il était plus proche et plus étranger."

Le cadre des répétitions me dégage de toute responsabilité. En dehors des horaires, je suis toute à mes loisirs. Nulle contrainte ne vient obstruer ma joie de vivre et ma gourmandise. Certes, sur mon bureau s'entassent les dossiers non traités, mais qu'importe. Je vis. Je suis euphorique. Tout me satisfait, ou n'est pas jugé digne d'intérêt. Rien n'a d'importance. L'avenir n'existe pas.

Mon amie Leïla m'a proposé de faire des photos de moi dans le Montmartre où j'ai grandi, accompagnées de textes que je vais écrire in situ. Ce voyage dans un passé enjolivé par mon état actuel me réjouit. J'ai peu l'habitude de parler gaiement de mon enfance.

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